théâtre enfant

Écrire un texte de théâtre pour enfant est une chose simple, et en même temps assez compliquée.

L’idée est de toujours bien penser que l’on va faire porter ces mots à des esprits de 8 à 16 ans, qui ne vont pas toujours cerner les manières de penser d’un auteur adulte : Il m’est arrivé d’expliquer des blagues, ou des tournures d’esprit, à mon groupe de jeune, jusqu’à ne plus les trouver drôle du tout…

Là où un auteur peut se tromper en écrivant une pièce de théâtre pour enfant, c’est en les sous-estimant, ou en les surestimant.

En sous-estimant l’enfant dans le choix des thèmes des textes de théâtre qu’on va lui proposer, on ne va pas lui proposer de raconter le monde qu’il côtoie, et d’en exorciser les parties les plus désagréables. L’enfant ne gagnera pas grand-chose à jouer une pièce de théâtre sans relief, sans enjeu.

Mais d’un autre côté, une pièce de théâtre peut venir le surestimer, en le faisant porter des répliques trop éloignées de sa manière de parler : un enfant va jouer du Molière, mais il ne va pas comprendre la moitié de ce qu’il va raconter. Si une pièce de théâtre souhaite traiter du suicide, elle ne doit pas en rendre le propos anxiogène, car l’enfant n’affronte pas ces thèmes avec la même angoisse, la même émotion qu’un adulte. Ne mettons pas les émotions adultes dans le jeu d’un personnage joué par un enfant. Il n’y a pas accès et ne les comprend pas !

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En sous-estimant les jeunes acteurs et les jeunes actrices, l’auteur va tirer son style vers le bas, et diluer son propos jusqu’à le rendre insipide. Il y a des vérités du monde qu’il ne faut pas enrober ! la vie de famille, les relations avec les copains et les copines, les sentiments, les enjeux de l’écologie ou de la place de la femme sont des sujets qui ne peuvent et ne doivent pas être enrobés ou lissés… ce sont des sujets durs, et des facettes violentes de notre monde, ce dont l’enfant a tout à fait conscience. Ce serait lui mentir que de lui masquer la réalité, et il n’est jamais bon de mentir à un enfant. Par contre, l’auteur peut alléger la manière de porter ces thèmes, en travaillant sur les traits des personnages qui vont les porter, sur leur manière d’en parler. En parlant d’un divorce, on peut comparer les mérites des nouvelles petites copines de son papa en fonction de ce qu’elles cuisinent, car c’est ramener le thème à la hauteur de ce que traverse l’enfant.

A : « Depuis qu’ils se sont disputés, avec maman, papa n’arrête pas de changer de petite copine, c’est fatigant de se rappeler leurs prénoms… J’ai eu trop la honte quand c’est ma prof d’histoire qui m’a rejoint pour le petit déjeuner en pyjama. J’ai mangé mes chocapic pendant qu’elle me parlait de ma dernière évaluation… »

B : « et c’est laquelle, ta préférée ?

A : « la pharmacienne, elle fait des croques monsieur super bons !

B : « T’as trop de la chance ! »

A : « ça a pas duré. Maintenant c’est soupe tous les soirs. C’est la marchande de légumes, sa nouvelle copine. »

On peut avoir l’ambition de monter une pièce de théâtre qui nous touche en tant qu’adulte, mais il ne faut pas oublier que ce sont des enfants qui la porteront.

Je reste persuadé qu’un texte de théâtre doit les servir, doit les valoriser dans ce qu’ils sont et mettre en avant les capacités de leur âge. Les rythme, le style d’une pièce de théâtre enfant doit être adapté à leur parlé, à leur énergie.

Au bout du compte, un texte de théâtre enfant peut parler de pratiquement tout, et doit se permettre de le faire. L’enfant écoute les informations en même temps que ses parents, il entend parler de sujets dans la cour de récréation qui pourraient faire frémir ses parents. L’enfant n’est pas si ingénue qu’on pourrait le croire.

Et il est important d’en tenir compte : Le jeune acteur est construit pour apprendre et chercher à comprendre, pour poser les questions qui gênent. Un texte de théâtre enfant a tout à gagner à tenir compte de cette réalité pour lui faire porter une histoire qui lui parle et lui plaise.